Marie-Bozome Actif

Dimanche 21 septembre 2008

Ma tête, c’est un peu le peloton du tour de France à elle toute seule. Ca pédale, ça cogite, ça mouline. J’ai toujours une pensée qui me traverse l’esprit. Parfois une idée nouvelle, parfois la même qui revient depuis 5 ans, 6 jours, 4 minutes et 33 secondes. Je la repasse en revue, sous tous les angles, au cas où j’en aurais oublié un.

 

Même la nuit, ma petite centrale de moulinage poursuit son œuvre. Comme si mes pensées s’étaient donné rendez-vous pour une techno parade rien que pour moi. Là. Dans ma tête, à 3 heures du matin. « Mais vous avez vu l’heure ! ‘croyez vraiment que c’est le moment de se poser des questions sur le sens de la vie ? »

 

Je me dis que ça mouline tellement fort que je pourrais alimenter une centrale électrique à moi toute seule. On brancherait des électrodes sur ma tête. Tous les scientifiques et les journalistes du monde entier seraient là pour me voir produire de l’électricité par la seule force de mes cogitations. Je vois d’ici les titres des journaux :

 

« Marie Pop, la solution écolo aux problèmes d’énergie »

« Marie Poppins,

la spécialiste de la fission de l’atome et du coupage de cheveux en 4,

plus rentable qu’une centrale nucléaire »

 

Ok. Disons, qu’un grand champ d’éoliennes. Parce qu’avouons-le, la plupart du temps, je ne brasse que du vent.

 

Parfois je me demande où peut bien partir toute cette énergie que je produis à force de mouliner. Peut-être que ma seule présence réussirait à électriser le stade de France, façon Nick Le Slibard en plus modeste ? Peut-être que je suis comme une lampe de poche vivante : un jet de lumière sort par le haut de mon crâne et je suis la seule à ne pas le voir ? Ca expliquerait tout. Mon coiffeur qui croyait voir des pellicules sur mon cuir chevelu : mais non, ce n’était que des points de lumière qui l’éblouissaient !

 

Il faudrait que je me promène tout le temps la tête en avant pour illuminer les foules. Si un jour on se retrouvait perdu la nuit dans le désert, il suffirait qu’on me porte à l’horizontal et j’éclairerais le chemin.

-         Aïe, mais pourquoi vous me donnez des coups sur le crâne ?

-         Marie Pop, on t’a dit de ne pas relever la tête, on ne voit plus rien. Maintenant tais-toi et mouline.

 

C’est épuisant une vie d’éolienne. Ca souffle dans tous les sens. En même temps, je me dis que, si on me débranche, fatalement, je vais mourir. Si on arrête la machine, je fais un arrêt du cerveau. Plein de gens ont essayé de me convaincre pourtant. « Arrête de réfléchir, oublie-le, passe à autre chose, tu te poses trop questions. » Ils ont même voulu retirer de force la prise de courant. Sans succès. De toute façon j’ai un groupe électrogène de survie.

 

Et puis un jour, c’était à peu près à l’époque de l’ouragan Katrina, tout a disjoncté. Même mon groupe électrogène s’est mis en veilleuse. Ca devait être une bourrasque de vent trop forte. Les branches de mes éoliennes se sont envolées pour atterrir dans le champ du voisin. J’ai eu un gros rhume de cerveau. Grippée de l’âme. Alitée, à l’agonie, l’esprit en coton et incapable de formuler une pensée. Plus de jus. On se demandait si j’allais passer la nuit. Et moi j’avais par instant la vague conscience que j’étais en train de ne RIEN penser. Que je devais être proche de la fin. Pas loin de sombrer dans le néant. Le vide absolu.

 

Et c’est là qu’elle m’est apparue. La lumière blanche au bout du tunnel. Je me suis sentie toute légère, comme si je flottais dans du coton. J’ai ressenti cette plénitude de l’âme dont on parle tant. Comme si j’étais moi-même un bout de coton à démaquiller. Un petit nuage rose de bien être. Un morceau de barbe à papa.

 

Oui, la lumière m’est apparue. En plein milieu d’une grippe carabinée. C’est là que j’ai compris qu’on n’en mourrait pas forcément de débrancher le cerveau. Que se mettre en mode pause et arrêter de réfléchir de temps à autres, ça pouvait même être bon pour la santé.

 

Depuis, tous les jours, je pratique la lobotomisation volontaire (et non permanente). Moi aussi maintenant j’ai droit à mon quart d’heure de néant presque warholien. Je coupe le courant et j’entame mon jeûne du cerveau. Je ferme les yeux, je laisse les pensées passer et je me mets dans la peau d'un bout de barbe à papa géant. J’ai bien retourné le problème dans tous les sens pendant 23 heures et 45 minutes et, croyez-moi, je n’ai rien trouvé de mieux pour fabriquer de l’énergie. De la vraie !

 


Article sponsorisé par la Fée Électricité 



Par Marie Poppins
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Marie Poppins

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