Aujourd’hui, c’est la sainte Marie. Alors comme tous les 15 août depuis que je suis en âge d’avoir des souvenirs, on organise une grande fête avec toute la famille. Pas tant pour célébrer les Marie que pour se retrouver tous ensemble. D’ailleurs, tout le monde oublie généralement que c’est aussi ma fête ce jour-là. Et pourtant, j’aimerais bien qu’un jour quelqu’un y pense.
On a sorti les transats. Le soleil réchauffe les peaux nues et le vin les esprits. Les petits cousins s'inventent de nouveaux jeux et se racontent leurs secrets. C’est l’heure des retrouvailles. Avec ma Grande Tante Petsèque notamment.
- Ah, voilà la grande asperge. Alors, qu’est-ce que tu deviens ?
- Bonjour Tante Petsèque. Moi aussi ça me fait plaisir de vous revoir.
- Où en es-tu ? Tu es mariée ?
- …
- Fiancée ?
- Ecoutez Tante Petsèque…
- Tu ne vis pas dans le péché, au moins, comme ta sœur ? Mon Dieu, si ta grand-mère savait ça, elle se retournerait dans sa tombe !
- Vu toutes les fois où elle aurait dû se retourner, elle est peut-être revenue dans le bon sens maintenant.
- Et ton travail ? Tu es toujours dans les vins, à Pomerol ? Une belle ville !
- Non, à Paumé-Land, dans les clients mécontents.
- Paumé-Land ? Mais où est-ce que ça se trouve ça ?
- Eh bien, comme son nom l’indique…
C’est ce moment que choisit Verathé, une cousine par alliance de ma mère, pour nous rejoindre, petit nez pointu en l’air et carré brushé au vent.
- Mais c’est Marie Poppins ! Tu es venue sans ton parapluie, dis-moi. Mais comment vas-tu faire pour t’envoler ? Ah ah ah (petit rire de gorge).
Au fait, tu ne devais pas venir avec ton petit ramoneur ? Il est reparti par la cheminée ? Ne me dis pas qu’il a pris la poudre d’escampette ! Ah ah ah (bis).
L’espace d’un instant, je me serais bien vue verser de l’eau bouillonnante sur
le joli brushing de ma cousine Verathé. Mais elle fut bientôt rejointe par toute une tribu de cousins plus ou moins éloignés qui continuèrent à s’enquérir de mes nouvelles. « Ne me dis pas que tu es toujours dans ce boulot si ennuyeux et si mal payé que tu devais déjà quitter l’année dernière ? », « Tu es toute pâlichonne, tu devrais prendre des vacances ! Ah, tu n’en a pas ? », « Au fait, tu
devrais peut-être songer à passer ton permis de conduire. A ton âge ! » « Et le fameux petit ramoneur de notre chère Marie-Poppins, où
est-il passé ? Disparu par la cheminée ? Ah pardon. », « Toujours dans ton 15 m2, au fait ? Ce n’est pas trop étroit ? », « Et quand est-ce que tu nous fais un petit ? Le temps passe
plus vite qu’on ne croie tu sais ! »
Il fait beau. Le soleil brille. Aujourd’hui, c’est le 15 août. Et je crois que tout le monde s’est passé le mot pour que ce soit vraiment ma fête.
Spéciale dédicace à toutes les Marie du monde entier : bonne fête !
A toutes celles qui se sont reconnues : courage !
A tous ceux qui ont envie de faire de cette journée un moment de fête : amusez-vous bien !
Allô-Marie-j'écoute ?