Marie-Fifi au bureau

Dimanche 11 janvier 2009

A peine entrée dans la salle de réunion, j’ai senti quelque chose qui clochait. Il était différent. Mon allié de toujours, qui peut encaisser sans broncher même lorsque la pression se fait plus forte, les réunions plus longues et que les doutes m’assaillent. Mon fidèle compagnon, qui sait se montrer tendre et accueillant ou dur comme l’acier lorsque l’envie s’en fait sentir. Mon pilier, mon tout, mon centre. Mon point d’ancrage, toujours et à jamais.

 

Aujourd’hui, j’ai senti qu’il pourrait bien flancher.

 

Nous nous sommes tous assis dans la grande salle de réunion, attendant, emplis d’appréhension, que Monsieur Dantaface présente le bilan de fin d’année. Les chiffres sont catastrophiques. On parle de coupes sévères dans le budget. De nombreux projets sont enterrés. Des rumeurs circulent sur des licenciements.

 

Sans même le regarder, j’ai senti qu’il se ramassait sur lui-même, qu’il se vidait de l’intérieur. Et puis, très vite, ce gémissement, à peine audible pour un observateur distrait. Mais je le connais trop bien pour qu’aucun de ses tressaillements ne m’échappe.

 

Je me dis que ce n’est pas possible, il ne peut pas craquer, là comme ça, devant tout le monde. Pas lui. Même si « les temps sont durs », même si « c’est la crise » et qu’on va « tous devoir se serrer la ceinture », ainsi que l’égrène Monsieur Dantaface devant son tableau noir du malheur. Je voudrais le rassurer, qu’il sache que je prendrai toujours soin de lui, quoiqu’il arrive. Je connais les secrets qui lui font du bien et que je lui prodiguerai dans l’intimité. Mais qu’il tienne le coup, quelques instants encore.

 

Et puis ce cri soudain, tel un pleur d’enfant qui s’élève dans la torpeur matinale de la salle de réunion. Quelques têtes se retournent. Je pose tout doucement ma main sur lui pour l’apaiser. Le plus discrètement possible. Je ne veux pas que ça se sache, ce genre de chose devrait rester secret. Surtout en entreprise. C’est sans compter monsieur Dantaface.

 

-          C’est qu’elle a faim, la coquine !

 

Monsieur Dantaface, égal à lui-même, ne peut retenir une de ces réflexions égrillardes dont il a le secret. Comme ce jour où je suis entrée dans son bureau, vêtue d’un chemisier trop court qui dévoilait un morceau de chair et un bout de string. « Hé hé, dites-moi Marie Poppins, vous êtes en chasse ? ». J’eu beau lui expliquer, rougissante et tirant sur mon chemisier que, non, pas du tout, simplement c’est la mode des pantalons tailles basses, alors forcément, vous comprenez… Mais rien n’y fit. « Ne vous fatiguez pas, ça m’amuse ces choses là, ha, ha, ha ! Prévenez-moi quand vous aurez consommé votre proie, ha, ha ! » 

 

Les choses les plus belles et les plus naturelles devraient parfois rester secrètes. « Elle a faim la coquine ». Pourtant cette fois-ci, il semble qu’il se soit dangereusement approché de la vérité.

Oui, elle a faim la coquine. Oh oui, elle a faim. Mon geste se fait plus appuyé. A quoi bon le cacher après tout ? Je sens sa chaleur contre la paume de ma main alors qu’il continue de gémir dans le silence pesant de la salle. Et je lui parle dans ma tête. « Allez mon cœur, tiens le coup. Encore une heure, une petite heure. »

 

Mes collègues sont hilares. Ma voisine pouffe dans le creux de sa main alors que le cri de mes entrailles emplit la pièce. Mon centre de gravité, mes tripes, mon ventre, ma base, mon soutien de toujours continue de gargouiller dans une mélopée déchirante. Je cherche un sucre, un bonbon dans mon sac, en vain.

 

C’est perdu dans une foule moqueuse qu’on se sent parfois le plus seul.

 

Il est 11h28. Mon estomac crie famine. La réunion vient tout juste de commencer. Je sens que la prochaine heure sera longue. 

 

Par Marie Poppins
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Dimanche 7 décembre 2008

Ce n’est pas facile de dire à quelqu’un qu’il nous plaît, il faut savoir trouver les mots, être un peu poète. Généralement ce sont les garçons qui s’y collent ; et rien que pour ça, je suis bien contente d’être une fille. Ca doit être à ça que servaient les troubadours autrefois : ils passaient de cour en cour et donnaient les meilleures astuces pour tomber toutes les comtesses sans effort.

 

A Paumé-Land aussi exerce un poète de l’amour. Tous les jours, à la cantine, devant un parterre de collègues tout ouïe, il célèbre le sentiment amoureux sous toutes ses formes. Aujourd’hui, Nick Le Slibard, jeune con dynamique et négociateur au service achats, disserte sur l’art de l’approche amoureuse.


- Fesse Bouc c’est pas mal. Mais pour lever les minettes, je préfère Meetrique. T’entres tes critères de recherche, t’as les mensurations de la fille…Je suis tombé sur une petite coquine l’autre jour... Mine de rien, je te l’ai chauffée au corps. Tu verrais les messages qu’elle m’envoie ! 

 

A ce moment entre Gazina, une petite brune piquante.
- Eh, Gazina, comment tu vas ?

 

Nick se redresse, le sourire charmeur. Gazina rosit et lui rend son sourire. Elle récupère un paquet dans le réfrigérateur et ressort sous l’œil égrillard de Nick. Les coudes relevés derrière la tête, il se cale contre sa chaise.

- Aah, sacrée Gazina, une vraie chaudasse, celle-là ! Bah, c’est une vieille histoire. Je suis passé chez elle, 2-3 soirs, après le boulot. Mais je me suis rangé des voitures maintenant que je suis avec ma copine.

 

Nick Le Slibard, la galanterie faite homme.


- Sans rire, je la kiffe ma nouvelle copine. Je suis fan d’elle. J’adore tout ce qu’elle fait. Je l’ai même présentée à ma Mémé Gilberte.

- Pourquoi tu continues de draguer sur Meetrique, alors ?, demande Javotte
- Bah, c’est pour garder la main. On ne fait que chatter. Et puis ça leur fait tellement plaisir. Eh, Javotte, mais qu’est-ce qui nous arrive ? C’est le début d’une histoire ?

 

Leurs mains viennent de s’effleurer alors qu’ils voulaient tous deux attraper le sel. Et Javotte, stagiaire longue durée, de minauder, telle une collégienne qui vient de se faire inviter à son premier slow.

 

C’est fascinant l’effet que ça peut faire un compliment sur une fille. Ce besoin si féminin de plaire, d’ajouter un soupirant potentiel à son carnet de bal ; d’être distinguée parmi toutes les autres filles jusqu’à faire d’un Nick Le Slibard l’arbitre des élégances.

 

Et au fond, je crois que ça m’agace ces petits jeux de séduction. Ces regards accrocheurs, allumeurs, un peu vides de sens et d'émotion. Photocopiables à l’infini et distribués sans distinction sur la voie publique.

 

C’est peut-être pour ça que j’ai envie de sortir. De toute façon j’ai fini mon repas. Dans le couloir, j’entends la porte qui claque derrière moi. Nick me rattrape et me saisit par le poignet. Ses yeux sont graves. Il bafouille.

-         Popsie, je sens que tu as quelque chose contre moi. Si, si, je le sais bien. Pourtant, si tu me laissais ma chance, tu sais que je pourrais t’offrir le plus beau cadeau dont une femme puisse rêver…
-         Sans blague.
-         Ecoute.

  

 

 

My dick in a box, par Justin Timberlake et Andy

-
        
Wouarf, Wouarf, wouarf ! Nick se gondole à s’en étouffer de rire. Entre deux hoquets, il essuie une larme et pousse un soupir. « Aaaah, je suis vraiment trop bon moi ! »

 

Oui, l’approche amoureuse relève parfois du grand art.

Nick s’est fait le chantre de l’amour galant. Il a su lui imprimer son génie propre jusqu’à créer un genre qui n’appartient qu’à lui, la Slibardise. Dans son domaine, Nick atteint de tels sommets qu’il mérite une distinction.


Nick Le Slibard
, élu Slip d’Or 2008 de la Drague du Gros Lourd. Sous vos applaudissements.

 
Par Marie Poppins
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Dimanche 14 septembre 2008

Ce texte est parti voir ailleurs si j'y suis.
Le premier qui le retrouve remporte un PQ d'or virtuel couleur nuit saharienne étoilée.
Que le meilleur gagne !

Par Marie Poppins
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Dimanche 17 août 2008

 

Par Marie Poppins
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Jeudi 7 août 2008

On rencontre parfois des caricatures humaines. Des gens qui cumulent les stéréotypes au point qu’on se demande s’ils ne le font pas exprès : c’est peut-être un one-man show, ils se dévouent pour nous faire rire. Parce que ce n’est pas humainement concevable de cultiver, sans sourciller, tous les poncifs les plus risibles. Le beauf dont on se moque dans les films, j’avais toujours cru que c’était un cas d’espèce, inventé pour les besoins du scénario.

 

Jusqu’à ce que je rencontre Nick Le Slibard, le bien nommé. Nick Le Slibard est arrivé il y a quelques semaines dans la boîte. Il est négociateur. « Et je me fais grave de la maille. Ca aide pour lever les minettes », explique-t-il avec un clin d’œil appréciateur et un petit coup de langue rapide sur les lèvres. « Au fait, Mika, tu ramènes des bonasses à la prochaine soirée ? ». Vous l’aurez compris, Nick Le Slibard appartient à l’espèce du frimeur, le genre toujours prêt, toujours en chasse. Le baiseur fou dans toute sa splendeur. Mais pas seulement. Parce qu’avec son auréole de cheveux blonds et son allure de jeune con arriviste, Nick Le Slibard arbore parfois un air de candeur proche de la naïveté qui donnerait presque envie de lui essuyer le lait qui coule encore de son nez.

 

Surtout depuis qu’il porte le petit pull rose bonbon, ridiculement court que lui a offert sa nouvelle copine. Son arrivée suscite d’ailleurs les gloussements de la plupart des tablées à la cantine. Un sourire béat aux lèvres, il commente : « Il est so fresh. J’le kiffe. C’est ma copine qui m’habille maintenant. Elle m’a dit, vas-y minou, c’est tout toi, ça te donne un air métrosexuel. » Pas folle la donzelle. Si elle veut le garder plus de 2 semaines, effectivement, mieux vaut le faire ressembler à un porcinet déguisé en chérubin.

 

Mais c’est dans l’un de ses nombreux récits autobiographiques et débordants d’auto-satisfaction que Nick Le Slibard donne toute sa mesure et, par là-même, une des légendes qui hantera longtemps les couloirs de la société. Cette fabuleuse épopée digne d’un roman d’apprentissage et dont notre cher Nick Le Slibard ne se lasse pas de narrer les moult rebondissements, est une véritable gloire de jeunesse.

 

« Ouais, m’dame. A 18 ans, je me suis inscrit au concours de Mister Plessouillis-les-Oisillons. On était 3. On nous a fait défiler sur la scène de la salle des fêtes communale. Je portais un petit slip rouge. Attention, un moule-burnes, mais joli, hein, ça mettait bien en valeur », ajoute-t-il avec cet air de contentement dont il a fait sa marque de fabrique. « Il y avait un monde fou. Les filles dans le public étaient dingues. Tout le monde applaudissait. Et qui est-ce qui a gagné ? C'est bibi ! »

 

Aux tables alentours, les gens se retournent discrètement et esquissent un petit sourire incrédule.  

« Et après tu as défilé dans les rues, comme les miss de madame de Fontenay ? Les filles te couraient après ? » demande Pétunia, la fille la plus cynique de la boîte, en partant d’un gros rire.

« Ben ouais, je portais mon écharpe. Pendant 1 an, il y a même eu des affiches de moi en tenue de scène partout dans la ville. »

 

Les rires se déclenchent un peu partout maintenant. Tout le monde y va de sa question, plus ou moins moqueuse, histoire de voir s'il est sérieux, ou s'il se moque de lui même. Et lui rayonne, les yeux plein d’étoiles, flatté de tant d'intérêt, sans rien comprendre de ce qui se passe. Il revit par la pensée ce qui a peut-être été un moment fondateur dans sa vie et sombre dans le pathétique pour le plus grand plaisir de tous.

 

C’est au moment où il parle de sa « mémé Gilberte qui est devenue toute folle » et qui lui a sauté dans les bras que je commence à me sentir un peu mal à l’aise. Je m’en veux parce que sa petite gloire d’un jour, d’un an, d’une vie a dû emplir sa « mémé Gilberte » de fierté et qu’il devait avoir le cœur serré d’émotion le jour où il lui a annoncé.

Je m’en veux parce que pour moi ce type n’est qu’un sujet de moquerie alors que je passe peut-être complètement à côté d’un être humain.

Je m’en veux parce que tout le monde rigole ouvertement de lui et pas avec lui. Moi la première. Je m’en veux parce qu’on aura à jamais gravée à l’esprit l’image d’un Nick à moitié nu dans son petit slip rouge, tel un Patrick Chirac de Camping. Je m’en veux parce que je sais que cette image ne me quittera plus, même les jours - surtout les jours - où il fera ses présentations Powerpoint, en réunion et costume 3 pièces, aux côtés du P.-D.G.

 

J’en suis là de mes questionnements existentiels et de mon petit pincement de culpabilité lorsqu’il me lance :

 

« Au fait Popsie, c’est vrai que tu as gagné le premier prix d’un concours de broderie ? Ne le prends pas mal, mais bon, c’est un passe-temps de vioques. C’est pour les pauvres filles, ça. Sors un peu, tu finiras par te trouver un mec. C’est ça qu’il te faut. Wouarf, Wouarf, Wouarf », fait-il en hennissant de rire avec un de ses frimeurs de copain.

 

Wouarf, wouarf, wouarf. Trop drôle. Si seulement je n’étais pas si polie et si sottement conventionnelle, je crois que je l’étranglerais avec son moule-burnes rouge.

Bon sang, j’ai quand même gagné le premier prix du concours de broderie du canton. Je l’ai remporté à 1 dixième de point contre mademoiselle Duflot, la doyenne de la paroisse et la championne incontestée du tournoi depuis 27 ans ! J’ai même eu un article dans le journal municipal. C'était exceptionnel ! Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Ca au moins c’est du travail. Un vrai accomplissement. N’empêche, je me demande qui a bien pu lui répéter. Je ne l’ai pas raconté à tant de monde. Juste à table, à la cantine, enfin, normal quoi…tout le monde avait l’air super intéressé en plus. Pauvre slibard de m…. oui !

 

Moralité : on est toujours le pauvre naze de quelqu’un.

Moralité de la moralité : mieux vaut réfléchir à 2 fois (au moins) avant de raconter sa vie à n’importe qui.


Par Marie-Poppins
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Marie Poppins

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