Vendredi 3 octobre 2008

Sur son blog Les tribulations d'une caissière, Miss Pas Touche a lancé un concours dont voici le thème :

Imaginez que les supermarchés soient une invention aussi vieille que votre imagination vous guide (époque au choix : au temps des dinosaures, des chevaliers ou de l'an 3000...) et décrivez le quotidien d'une caissière.


J'ai remporté la 5e place. Merci mille fois Miss Pas Touche de nous avoir proposé ce jeu. C'était une idée très sympa et généreuse.
Et pour découvrir les nouvelles des autres gagnants, c'est ici !



Le Nazar’ Marketh
 

 

Mon ventre me pèse. Le bébé ne devrait pas tarder. Joseph voudrait partir ce soir, juste après la fermeture du magasin. Mais les clients sont encore si nombreux que je ne vois pas le bout de la journée.

 

Depuis que Monsieur Kharoufh a eu l’idée de créer le Nazar’ Marketh, le magasin ne désemplit pas. Au début certains commerçants avaient crié à la mort du petit commerce. « Comment voulez-vous qu’un seul magasin puisse rassembler tous les étals de viandes, de fruits, de légumes et d’artisanat sous un même toit ? Et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? » Mais monsieur Kharoufh a su les convaincre :

 

-  Croyez-moi, ça fonctionnera comme un marché traditionnel, mais en mieux. Ce sera un genre de Super Marché. Vous ne serez plus obligés de passer toute la journée bloqués devant vos étals pour vendre vos produits. Je m’occuperai de la vente pendant que vous, vous poursuivrez vos récoltes. Vous verrez, tout le monde y gagnera.

 

Il y eut quelques protestations pour la forme, mais finalement, suffisamment de fermiers et d’artisans finirent par y trouver leur intérêt.

 

Depuis, le Nazar’ Marketh est devenu le lieu incontournable du tout Nazareth. Les gens accourent de toute la région. Même les soldats romains s’y pressent.

 

La grande innovation, c’est que les clients paient tout en une seule fois à la sortie. C’est moi qui tiens les cordons de la bourse. Ils essaient souvent de marchander, mais je suis intraitable. Je surveille leurs achats pour m’assurer qu’il n’y ait aucun vol. Et je leur fais tout sortir de leurs poches. Je suis d’une honnêteté scrupuleuse. Jamais une erreur dans mes comptes. C’est bien pour ça qu’on m’a choisie pour tenir ce poste. Monsieur Kharoufh me le dit souvent d’ailleurs :

 

-  Marie, vous êtes parfaite. Un jour, vous irez au ciel, c’est sûr.

 

Ca je ne sais pas. En attendant je vois défiler les clients. L’entrée et la sortie se font devant mon comptoir. Je leur rappelle qu’ils doivent se servir exclusivement des paniers en osier tressés placés à leur disposition pour faire leur course. Je finis par tous les connaître par leur nom, mes clients, et nous en profitons pour discuter. 

 

-         Bonjour monsieur Pilate, comment allez-vous ? Ah vous avez emmené votre petit Ponce aujourd’hui. Oui mon cœur, le puits à eau c’est par là.

 

Il est charmant ce petit Ponce Pilate mais c’est étrange cette manie de toujours vouloir se laver les mains. A son âge ! Il aurait des TOC que ça ne m’étonnerait pas. Je me demande ce que ça va donner en grandissant.

 

J’aime bien accueillir les clients. Je les renseigne comme je peux et je guide les petits nouveaux un peu perdus qui n’ont pas l’habitude de se servir tout seul.

 

-  Oui madame, allez remplir votre amphore au Puit-Automatique. Pour l’huile d’olive, vous trouverez des amphores pré-remplies. Sinon, c’est à la pompe. Demandez à l’employé libre service.

 

J’aime bien l’ambiance du Nazar’ Marketh. Les clientes profitent de leur course pour retrouver leurs amies et se raconter les derniers potins. Certains hommes viennent même simplement pour montrer qu’ils ont les moyens d’aller au Nazar’ Marketh. C’est devenu un lieu mondain. Pour rendre l'endroit plus convivial, monsieur Kharoufh a eu l’idée d’organiser des semaines à thèmes. En ce moment, c’est l’ambiance « Holopherne », le général assyrien décapité par Judith, avec promotions spéciales sur les têtes de chèvres. Il a même engagé des musiciens pour annoncer les offres exceptionnelles de la journée en chansons.

 

Parfois, il y a quelques incidents. L’autre jour, un client a voulu cacher des olives sous sa tunique. Le petit Judas l’a repéré tout de suite. C’est fou comme il a l’œil cet enfant. Il est adorable mais je me demande parfois s’il ne serait pas prêt à vendre père et mère pour faire son intéressant.
 

En tout cas M. Hur, notre gardien, a tout de suite réagi. Il a rattrapé le voleur avant qu’il ne franchisse les portes du magasin et l’a ramené à l’intérieur en le portant coincé sous l’une de ses aisselles.

Il est très fort M. Hur. C’est un ancien gladiateur à la retraite. Il s’est reconverti dans le gardiennage mais il est en train de monter son entreprise de livraison par char. Je crois qu’il voudrait bien que son fils, le petit Ben, prenne la relève.

En attendant, le voleur sera condamné au pilori. On ne plaisante pas avec le vol au Nazar’ Marketh.

 

Quand je ne connais pas le prix d’un produit ou que j’ai besoin de faire appeler quelqu’un, je souffle dans une trompette. Monsieur Kharoufh dit qu’il la tient d’un de ses ancêtres qui vivait à Jéricho. Je ne suis pas sûre que ce soit l’exacte vérité. Quoiqu’il en soit, à chaque fois que je souffle dedans, les vendeurs en libre service arrivent sur le champ.

 

Enfin, le dernier client s’en va. Je fais le compte de ma bourse et je confie le tout à Monsieur Piksouh, le comptable. Ensuite je nettoie le sol à grandes eaux.

Je retire ma tunique bleue et blanche, aux couleurs du Nazar’ Marketh. C’est monsieur Kharoufh qui a eu l’idée d’un uniforme. « Ca fait plus sérieux et ça donne beaucoup de chic. »

 

Joseph vient me chercher avec notre âne. Nous partons ce soir pour Bethléem. J’ai hâte d’y être. J’ai l’impression que mon petit Jésus ne va pas tarder. Je l’aime déjà tant cet enfant. Je sens qu’il va faire des miracles.

 

M. Hur est adorable. Comme cadeau de départ, il a fabriqué un mobile vraiment original en forme de croix pour le petit. Quelque chose me dit qu’il va adorer.  

 

Monsieur Kharoufh me souhaite bon voyage. Et moi bonnes chances dans les affaires.

-  Ah me dit-il, les temps sont durs, il faut avoir le sens du commerce. Heureusement, il n’est pas encore venu le temps où l’on pourra changer l’eau en vin. Les clients sont obligés de venir faire leurs courses chez nous. Croyez-moi Marie, les super marchés, c’est ça l’avenir. Dans 2000 ans, on entendra encore parler du nom de Kahroufh !



 

Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Pleine-de-Grâce - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 21 septembre 2008

Ma tête, c’est un peu le peloton du tour de France à elle toute seule. Ca pédale, ça cogite, ça mouline. J’ai toujours une pensée qui me traverse l’esprit. Parfois une idée nouvelle, parfois la même qui revient depuis 5 ans, 6 jours, 4 minutes et 33 secondes. Je la repasse en revue, sous tous les angles, au cas où j’en aurais oublié un.

 

Même la nuit, ma petite centrale de moulinage poursuit son œuvre. Comme si mes pensées s’étaient donné rendez-vous pour une techno parade rien que pour moi. Là. Dans ma tête, à 3 heures du matin. « Mais vous avez vu l’heure ! ‘croyez vraiment que c’est le moment de se poser des questions sur le sens de la vie ? »

 

Je me dis que ça mouline tellement fort que je pourrais alimenter une centrale électrique à moi toute seule. On brancherait des électrodes sur ma tête. Tous les scientifiques et les journalistes du monde entier seraient là pour me voir produire de l’électricité par la seule force de mes cogitations. Je vois d’ici les titres des journaux :

 

« Marie Pop, la solution écolo aux problèmes d’énergie »

« Marie Poppins,

la spécialiste de la fission de l’atome et du coupage de cheveux en 4,

plus rentable qu’une centrale nucléaire »

 

Ok. Disons, qu’un grand champ d’éoliennes. Parce qu’avouons-le, la plupart du temps, je ne brasse que du vent.

 

Parfois je me demande où peut bien partir toute cette énergie que je produis à force de mouliner. Peut-être que ma seule présence réussirait à électriser le stade de France, façon Nick Le Slibard en plus modeste ? Peut-être que je suis comme une lampe de poche vivante : un jet de lumière sort par le haut de mon crâne et je suis la seule à ne pas le voir ? Ca expliquerait tout. Mon coiffeur qui croyait voir des pellicules sur mon cuir chevelu : mais non, ce n’était que des points de lumière qui l’éblouissaient !

 

Il faudrait que je me promène tout le temps la tête en avant pour illuminer les foules. Si un jour on se retrouvait perdu la nuit dans le désert, il suffirait qu’on me porte à l’horizontal et j’éclairerais le chemin.

-         Aïe, mais pourquoi vous me donnez des coups sur le crâne ?

-         Marie Pop, on t’a dit de ne pas relever la tête, on ne voit plus rien. Maintenant tais-toi et mouline.

 

C’est épuisant une vie d’éolienne. Ca souffle dans tous les sens. En même temps, je me dis que, si on me débranche, fatalement, je vais mourir. Si on arrête la machine, je fais un arrêt du cerveau. Plein de gens ont essayé de me convaincre pourtant. « Arrête de réfléchir, oublie-le, passe à autre chose, tu te poses trop questions. » Ils ont même voulu retirer de force la prise de courant. Sans succès. De toute façon j’ai un groupe électrogène de survie.

 

Et puis un jour, c’était à peu près à l’époque de l’ouragan Katrina, tout a disjoncté. Même mon groupe électrogène s’est mis en veilleuse. Ca devait être une bourrasque de vent trop forte. Les branches de mes éoliennes se sont envolées pour atterrir dans le champ du voisin. J’ai eu un gros rhume de cerveau. Grippée de l’âme. Alitée, à l’agonie, l’esprit en coton et incapable de formuler une pensée. Plus de jus. On se demandait si j’allais passer la nuit. Et moi j’avais par instant la vague conscience que j’étais en train de ne RIEN penser. Que je devais être proche de la fin. Pas loin de sombrer dans le néant. Le vide absolu.

 

Et c’est là qu’elle m’est apparue. La lumière blanche au bout du tunnel. Je me suis sentie toute légère, comme si je flottais dans du coton. J’ai ressenti cette plénitude de l’âme dont on parle tant. Comme si j’étais moi-même un bout de coton à démaquiller. Un petit nuage rose de bien être. Un morceau de barbe à papa.

 

Oui, la lumière m’est apparue. En plein milieu d’une grippe carabinée. C’est là que j’ai compris qu’on n’en mourrait pas forcément de débrancher le cerveau. Que se mettre en mode pause et arrêter de réfléchir de temps à autres, ça pouvait même être bon pour la santé.

 

Depuis, tous les jours, je pratique la lobotomisation volontaire (et non permanente). Moi aussi maintenant j’ai droit à mon quart d’heure de néant presque warholien. Je coupe le courant et j’entame mon jeûne du cerveau. Je ferme les yeux, je laisse les pensées passer et je me mets dans la peau d'un bout de barbe à papa géant. J’ai bien retourné le problème dans tous les sens pendant 23 heures et 45 minutes et, croyez-moi, je n’ai rien trouvé de mieux pour fabriquer de l’énergie. De la vraie !

 


Article sponsorisé par la Fée Électricité 



Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Bozome Actif - Communauté : Agent du bonheur
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Dimanche 14 septembre 2008

Ce texte est parti voir ailleurs si j'y suis.
Le premier qui le retrouve remporte un PQ d'or virtuel couleur nuit saharienne étoilée.
Que le meilleur gagne !

Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Fifi au bureau - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 1 septembre 2008

 

Il était une fois une petite fée fraîchement émoulue de l’Université de Magie Elfique. A la recherche de son premier emploi, elle s’était inscrite à l’AFECARABOS (l’Agence Féérique pour l’Emploi des Créatures ’Achement douées en magie, Responsables, Altruistes, désireuses de Bosser et d’Offrir leurs Services).

 

Tout en suçotant un bonbon à l’ail, l’hôtesse d’accueil l’avait tout de suite mise au parfum : « Faut pas vous faire d’illusions, mon pauvre chou. Plus personne ne croit aux créatures magiques. Il n’y a que les revenants, les zombies et les vampires qui s’en sortent dans l’histoire. Et encore, c’est pour faire de la figuration dans des films de série B. Chez nous aussi, c’est la criiiiise », dit-elle avec un petit claquement de langue.

 

Sa mâchoire était la seule partie mobile de son anatomie couleur gris poussière. Le reste de son corps était recouvert de toiles d’araignées qui la rattachaient à son bureau. Elle devait être assise là depuis des siècles et des siècles.

 

Au bureau d’à côté, un gnome des bois invectivait la conseillère de l’AFECARABOS qui lui avait été assignée :

 

- On a rasé ma forêt. Je veux retrouver du travail ! 

- Vous êtes des milliers dans le même cas, mon pauvre monsieur. J’aurais bien une place de nain de jardin chez une certaine Poulain, Amélie…

- Trouvez-moi un poste à ma mesure ! cria-t-il en sautillant sur la pointe des pieds.

 

De là où elle était, la conseillère devait juste apercevoir le sommet de son chapeau rouge s’agiter de façon sporadique.

 

La petite fée se retourna vers son hôtesse poussiéreuse. Une araignée lui descendait d’un sourcil.

-         Ecoutez, je suis vraiment motivée et ‘Achement douée en magie. J’ai vraiment envie de travailler.

 

Tout en lui soufflant sous le nez les délicieux effluves de son bonbon à l’ail, l’hôtesse la regarda par-dessus ses lunettes et lui répéta :

- C’est la criiiise.

 

« Arrrrggggggg ! Sécurité ! Sécurité ! ». Le gnome des bois avait mordu la main de sa conseillère qui hurlait à plein poumons. Des trolls imposants accoururent. L’agitation était à son comble. Sauf pour l’hôtesse d’accueil qui n’en perdit pas une toile d’araignée. Visiblement, elle en avait vu d’autres. Elle semblait sur le point de rouvrir la bouche mais la petite fée la devança :

-  Non, ne me dites rien. C’est la criiiiise ? 

 

Le vague à l’âme, la jeune fée sortit et s’en alla méditer au hasard des rues. A quoi bon toutes ces études si elle devait, elle aussi, grossir le rang des FEESTIF, les Fées Sans Travail Intéressant Fixe ?

« Je pourrais peut-être trouver un emploi de gouvernante, comme ma cousine Marie Poppins », songea-t-elle. Elle en était là de ses réflexions lorsqu’elle tomba sur une affichette accrochée sur un mur :

 

« Vous cherchez un métier d’avenir,

Fait de rencontres intéressantes,

De journées gratifiantes

Avec une rémunération au centuple ?

Devenez Agent du Bonheur »

 

La petite fée n’en cru pas ses yeux. D’un coup de baguette magique, elle se rendit aussitôt à l’adresse indiquée. Une fée marraine l’y accueillit tout sourire :

 

-   Votre mission, si vous l’acceptez, consiste à distribuer amour, tendresse et bonheur partout où vous irez. Ca vous semble être dans vos cordes ?

-   Ouiiii, ouiii, ouiii, je suis née pour ça !

 

La fée marraine lui remit son badge rose d’agent du bonheur et lui souhaita bonne chance avec un clin d’œil.

 

Les ailes frémissantes, la petite fée virevolta dans le ciel à la recherche d’une âme en peine à rendre heureuse, d’une journée à égayer, d’une Bonne Action à offrir. Son attention fut bientôt attirée par des grognements qui semblaient provenir d’une énorme bouteille en verre.

 

- Comme je suis malheureuse, comme la vie est injuste. Si seulement j’avais une maison à moi, ma vie serait différente. Ah vraiment, je ne mérite pas de vivre dans une bouteille.

 

Une petite vieille était enfermée dans la bouteille et ronchonnait tant qu’elle pouvait.

 

« Comme  elle doit être malheureuse ainsi cloîtrée à tourner en rond chaque jour que Dieu fait. C’est décidé, elle sera ma première cliente ! »

 

La petite fée fit faire trois tours à sa baguette magique, prononça quelques étranges paroles et s’en fut, le rouge aux joues et le sourire épanoui de celle qui se réjouit d’un bonheur à venir.

 

Le lendemain, la petite vieille se réveilla dans une charmante maison de pierres blanches. Un rosier courrait le long du mur ; un chat ronronnait à ses pieds et du bois brûlait dans la cheminée.

 

La petite fée, quant à elle, poursuivit sa carrière débutante d’agent du bonheur. Elle était débordée. Il y avait tant d’amour à distribuer partout dans le monde : des fleurs à l’épouse délaissée ; quelques mots tendres aux esseulés ; un verre d’eau au déshydraté. Parfois, un sourire radieux suffisait à illuminer toute une rame de métro à l’heure de pointe.

La fée marraine n’avait pas menti, ce métier rapportait au centuple.

 

Un an s’était déjà écoulé lorsque la fée revint à passer non loin de la maison de la petite vieille. Elle ne l’avait pas oublié, sa protégée. Toute attendrie, elle l’imaginait assise au coin du feu, le chat sur les genoux ; ses vieilles mains ridées tricotant une écharpe pour l’hiver.

 

Ce fut d’abord sa voix éraillée qu’elle reconnut :

 

- Satané de chat qui perd ses poils et fait ses griffes sur le canapé ! Sans parler de ce fichu rosier plein d’épines et de cette cheminée encrassée. J’ai voulu faire venir un ramoneur de la société Marie Poppins & Cie mais il y a des semaines d’attente ! Ah comme je suis malheureuse. Si seulement j’avais des domestiques, si je vivais dans une vraie maison et pas dans cette ridicule chaumière délabrée…

 

La fée s’empourpra. D’embarras cette fois-ci. Evidemment, comment avait-elle pu ne pas y penser. La petite vieille n’était plus toute jeune. Elle avait besoin de confort, surtout après tant d’années passées dans une bouteille.

 

Elle fit faire trois tours à sa baguette, prononça quelques mots et s’en alla rejoindre les étoiles, un sourire en coin.

 

Le lendemain, la petite vieille se réveilla dans une belle maison de maître avec 2 étages, un grand escalier, une grille en fer forgée et une bonne à tout faire.

 

La fée poursuivit son métier d’agent du bonheur avec passion. Elle distribuait de l’amour tant qu’elle pouvait, réparait les cœurs brisés, éteignait les incendies de colère, épongeait les inondations de pleurs, apaisait les tremblements de nerfs.

 

Elle apprit aussi que tous les vœux n’étaient pas bons à exaucer. Ainsi, sa voisine, abandonnée par son mari, l’avait suppliée de le faire revenir. Ni une ni deux, la petite fée le ramena à ses pieds. 10 jours plus tard, la voisine la rappela :

- Renvoie-le d’où il vient, j’avais oublié à quel point il était insupportable.  

 

Un jour, elle se souvint de sa petite vieille. « Comme elle doit être heureuse dans sa nouvelle maison avec sa petite bonne pour l’aider. J’irais bien la revoir. » Elle s’envola et se posa avec douceur sur le rebord d’une fenêtre entrouverte :

 

Quelle incapable cette domestique, » vociférait la petite vieille. « Elle n’arrive même pas à cirer correctement le parquet. Et puis, habiter Paumé-Land, à gauche derrière la déchetterie, quelle infamie pour une personne de ma qualité. Ah si seulement je pouvais vivre dans un manoir comme celui que j’ai vu dans mon dernier numéro de Elle Décoration. 

 

Cette fois-ci, la petite fée en perdit ses couleurs. Mais c’est bien sûr ! Qui aimerait vivre à Paumé-Land, à gauche derrière la déchetterie ? Que n’y avait-elle donc pensé plus tôt ! Bien embêtée mais soulagée d’avoir enfin trouvé ce qui clochait, elle refit faire trois tours à sa baguette magique, prononça quelques mots et s’en fut silencieusement narrer ses aventures à ses amies les étoiles.

 

Le lendemain, la petite vieille se réveilla dans un joli manoir entouré d’un magnifique parc avec un lac, des cygnes, une gouvernante et 6 domestiques.

 

La petite fée poursuivit son chemin. Elle tomba sur des cas difficiles et décida de suivre une formation continue. Un petit air entraînant dans la tête, elle se rendit au salon ABAA (le salon des Agents du Bonheur Adorant Aider). Elle y fit de merveilleuses rencontres. Et d’autres plus inattendues.  

 Elle se rendit d’abord sur le stand de Madame Condescendance, la présidente du Club des Dames Patronnesses, qui lui expliqua, avec un sourire pincé :

« Oui, nous aidons les pauvres. Mais attention, il faut qu’ils aient un comportement convenable. »

-Ah, fit la petite fée qui profita d’un mouvement de foule pour s’échapper.

 



Elle arriva au stand de Madame Je-Sais-Tout. Les yeux clos et la main posée sur son troisième œil, elle ne semblait pas avoir remarqué la petite fée. Mais d’un coup, elle rouvrit grand les yeux et la fixa avec insistance : « Toi, tu as de gros problèmes, mmh, tellement gros que je ne peux pas t’en parler, trop de douleurs, de souffrances »

-          Moi, vous êtes sûre ?

-         Moui, je sais, je vois en toi. Je peux t’aider, mais ça sera dur, le chemin sera long. Reste-là te dis-je.

-         La petite fée s’éloignait discrètement.

-         Je sais pourquoi tu prends la fuite. Tu ne peux rien me cacher, petite chose !

 

La petite fée s’était enfuie jusqu’au stand suivant. Mesdames Après-Tout-Ce-Que-J’ai-Fait-Pour-Toi et ses cousines, Rita C’est-Comme-Ca-Que-Tu-Me-Remercies, Manie-Pulator et Fla-Terries, entamèrent aussitôt la conversation :

-         Vous êtes la fée la plus charmante que j’ai jamais vue, lui soufflait madame Fla-Terries

-         Oui, oui, c’est ça, dit la fée en prenant ses jambes à son cou.

-         Après tout ce qu’on aurait pu faire pour vous, c’est comme ça que vous nous remerciez ?crièrent les autres en chœur.

 

Elle arriva enfin au dernier stand, tenu par les Samaritaines-À-Gros-Sabots.

-         Ah notre petite fée. Vous faites bien de venir ici. Ca n’a pas l’air d’aller.

-         Pourquoi me dites-vous  ça ?

-         Eh bien, quand on voit vos deux ailes maigrichonnes dans le dos…

-         Qu’est-ce qu’elles ont mes deux ailes ? Je les trouve très bien moi.

Petit regard entendu entre les Samaritaines

-         Oui, bien sûr. Ne prenez pas la mouche. Mais c’est vrai qu’avec des petites ailes pareilles ça ne doit pas être facile tous les jours. Je dis ça pour vous, vous savez.

-         Mais enfin, je n’ai aucun problème avec mes ailes. Lâchez-moi le slip !

-         Une telle réaction d’agressivité est bien symptomatique de quelqu’un qui souffre de problèmes tels que les vôtres. Mais ne vous inquiétez pas. Nous sommes là pour vous aider…

 

La petite fée prit la poudre d’escampette. Elle se dit que pour être agent du bonheur, mieux valait être bien certain de ses intentions et se poser de bonnes questions. Parce qu’on peut trouver des gens assez néfastes parmi ceux qui veulent faire votre bonheur à tout prix.

 

Elle se dit qu’elle avait bien mérité un peu de réconfort. Elle repensa à sa petite vieille et se dit qu’il était temps d’aller la revoir. Elle s’approcha tout doucement du manoir, le sourire aux lèvres.

 

- Ce manoir est ridiculement petit. Et dire qu’il y a des duchesses qui vivent dans de beaux châteaux avec un aréopage de domestiques qui leur obéissent au doigt et à l’œil. Dans mon manoir, j’ai trop froid l’hiver et trop chaud l’été. Comme je suis malheureuse ! Vraiment la vie est injuste.

 

 

Cette fois-ci, la fée fit une drôle de moue. Soit. Après tout, si la petite vieille avait besoin d’un château de princesse pour être heureuse, pourquoi le lui refuser ? Elle agita sa baguette magique trois fois, murmura quelques mots inaudibles et s’envola vers la Lune.

 

Notre jolie fée entama une nouvelle année tambour battant. De plus en plus de gens faisaient des vœux. A tel point qu’elle se demanda s’ils ne passaient pas leurs journées à remplir des cahiers entiers de leurs souhaits. Le Standard du Bonheur sonnait sans arrêt pour la faire venir ici et là. Elle avait tant de travail que ses petites ailes graciles n’arrivaient plus à la soutenir.

 

- Hé petite fée, tu ne connais pas la règle numéro1 du Bonheur ? Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés, à ce qu’on dirait. Commence par prendre soin de toi !, lui conseilla un jour madame Charité-Bien-Ordonnée-Commence-Par-Soi-Même. Prends-toi des vacances, pars en thalasso. En tout cas, si tu veux donner l'exemple, commence par être heureuse toi-même.  
 

Epuisée par son année, les joues creuses et le teint pâlichon, la petite fée se dit qu’il devait y avoir du vrai là-dedans. Elle décida de prendre quelques jours de vacances loin, bien loin, dans le désert, là où seul le vent lui murmurerait au creux de l’oreille. Mais avant, elle eut envie de passer voir sa petite vieille. Sa petite visite annuelle s’apparentait presque à un pèlerinage.

A peine franchies les grilles du château, elle entendit :

 

-Un misérable château de pierres dans un coin isolé. Pas une dorure, pas de grand bal comme au château de la reine. Ah si seulement je pouvais avoir un palais aussi beau que le sien. Son carrosse est d’or, ses coiffures sont parsemés de pierres précieuses, son château brille d’or et d’argent. Oui je mérite tellement mieux que cette vie reculée !

 

La petite fée fronça les sourcils, tapota des doigts. Elle hésita. Puis elle refit faire trois petits tours à sa baguette magique et y ajouta un mot doux.

Le lendemain, la petite vieille se réveilla dans un palais encore plus beau que celui de la reine.

 

Les vacances de la petite fée se déroulèrent à merveille. Qu’il était agréable de prendre soin de soi et de n’avoir à s’occuper que de son propre bonheur ! Lorsqu’elle revint, elle était si heureuse, si détendue, si pleine de joie et d’amour qu’il lui suffisait parfois d’apparaître, rayonnante de bonheur, pour que les gens n’aient même plus besoin de faire appel à ses services. Ils choisissaient tout simplement d’être heureux.

Elle continuait d’exaucer les souhaits ; du moins, ceux qui lui semblaient les plus justes. Au bout d’un an de cette vie bien remplie, vint le jour de son pèlerinage annuel auprès de la petite vieille. A nouveau, ce fut sa voix éraillée d’avoir trop ronchonné qu’elle reconnut en premier.

 

- Je suis la reine d’un pays ridiculement petit avec Paumé-Land comme horizon le plus lointain. Ah si seulement j’étais la reine du monde, dans un palais tout en or qui suffirait à éclairer la terre à lui seul. Le Soleil me nargue tous les jours. Comment supporter cette infamie ?

 

La petite fée grimaça. Il faut dire qu’on ne lui avait encore jamais fait le coup du maître du monde qui prend ombrage de l’éclat du soleil. Elle réfléchit quelques instants, partagée. Eh oui, on a beau être une fée du bonheur, on en est pas moins un être humain, sensible aux murmures des petits démons de la taquinerie qui viennent vous souffler des idées farfelues à l’oreille.

Et puis son bon cœur et son envie de faire plaisir l’emportèrent. Puisque la petite vieille aimait tant râler, plus que toute autre chose sur cette Terre, autant lui donner les meilleures raisons du monde. Trois tours de baguette suffirent.

 

Le lendemain, la petite vieille se réveilla dans sa bouteille.

 


Proverbe du jour
 : Avec des si, on mettrait les petites vieilles qui ronchonnent en bouteille (et non les vieux déshydratés qui eux préfèrent la boire)

 

Ce texte est (très) librement  inspiré d’un conte du même nom que j’ai découvert lorsque j’étais enfant. Il a été revu et corrigé à la sauce Marie Poppins. J’ignore le nom de l’auteur du conte initial mais je ne peux que vous en recommander la lecture.

 

Et la gagnante est…

(Roulements de tambour)

(Re-roulements de tambour)

(Suspense insoutenable)

 

La petite vieille qui ronchonne dans sa bouteille !

 

Le Grand Trophée du PQ d’or 

Lui est remis à l’unanimité avec mention spéciale du jury

Pour son entêtement à toujours voir le pire dans le meilleur

Son indéniable talent de ressassement qu’aucune

Barbie geignarde de la Terre ne pourra jamais égaler

Son égocentrisme le plus absolu

Son absence totale et assumée de gratitude

Sa méchanceté journalière

Et j’en passe

 

Merci à FlorenceDominique, Hadda et Tristan pour vos précieux témoignages. Vos PQ d’or sont plus qu’honorables mais vous avez su les prendre avec le sourire. Vous recevrez donc un PQ d’or à bonne bouille, triple épaisseur et tout rose (le papier toilette de l’amour en quelque sorte).

Pour tous les autres, votre PQ d’or (tout aussi beau, délicat, parfumé et virtuel) vous arrivera dès que vous en ferez la demande à la bonne fée.

 


Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Aux Eclats d'Etoile - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 17 août 2008

 

Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Fifi au bureau - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Marie Poppins

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