Vendredi 15 août 2008

 

Aujourd’hui, c’est la sainte Marie. Alors comme tous les 15 août depuis que je suis en âge d’avoir des souvenirs, on organise une grande fête avec toute la famille. Pas tant pour célébrer les Marie que pour se retrouver tous ensemble. D’ailleurs, tout le monde oublie généralement que c’est aussi ma fête ce jour-là. Et pourtant, j’aimerais bien qu’un jour quelqu’un y pense.

 

On a sorti les transats. Le soleil réchauffe les peaux nues et le vin les esprits. Les petits cousins s'inventent de nouveaux jeux et se racontent leurs secrets. C’est l’heure des retrouvailles. Avec ma Grande Tante Petsèque notamment.

-         Ah, voilà la grande asperge. Alors, qu’est-ce que tu deviens ?

-         Bonjour Tante Petsèque. Moi aussi ça me fait plaisir de vous revoir.

-         Où en es-tu ? Tu es mariée ?

-        

-         Fiancée ?

-         Ecoutez Tante Petsèque…

-         Tu ne vis pas dans le péché, au moins, comme ta sœur ? Mon Dieu, si ta grand-mère savait ça, elle se retournerait dans sa tombe !

-         Vu toutes les fois où elle aurait dû se retourner, elle est peut-être revenue dans le bon sens maintenant.

-         Et ton travail ? Tu es toujours dans les vins, à Pomerol ? Une belle ville !

-         Non, à Paumé-Land, dans les clients mécontents.

-         Paumé-Land ? Mais où est-ce que ça se trouve ça ?

-         Eh bien, comme son nom l’indique…

 

C’est ce moment que choisit Verathé, une cousine par alliance de ma mère, pour nous rejoindre, petit nez pointu en l’air et carré brushé au vent.

 

- Mais c’est Marie Poppins ! Tu es venue sans ton parapluie, dis-moi. Mais comment vas-tu faire pour t’envoler ? Ah ah ah (petit rire de gorge).

Au fait, tu ne devais pas venir avec ton petit ramoneur ? Il est reparti par la cheminée ? Ne me dis pas qu’il a pris la poudre d’escampette ! Ah ah ah (bis).

 

L’espace d’un instant, je me serais bien vue verser de l’eau bouillonnante sur le joli brushing de ma cousine Verathé. Mais elle fut bientôt rejointe par toute une tribu de cousins plus ou moins éloignés qui continuèrent à s’enquérir de mes nouvelles. « Ne me dis pas que tu es toujours dans ce boulot si ennuyeux et si mal payé que tu devais déjà quitter l’année dernière ? », « Tu es toute pâlichonne, tu devrais prendre des vacances ! Ah, tu n’en a pas ? », « Au fait, tu devrais peut-être songer à passer ton permis de conduire. A ton âge ! » « Et le fameux petit ramoneur de notre chère Marie-Poppins, où est-il passé ? Disparu par la cheminée ? Ah pardon. », « Toujours dans ton 15 m2, au fait ? Ce n’est pas trop étroit ? », « Et quand est-ce que tu nous fais un petit ? Le temps passe plus vite qu’on ne croie tu sais ! »

Il fait beau. Le soleil brille. Aujourd’hui, c’est le 15 août. Et je crois que tout le monde s’est passé le mot pour que ce soit vraiment ma fête.

 

   

 

Spéciale dédicace à toutes les Marie du monde entier : bonne fête !

A toutes celles qui se sont reconnues : courage !

A tous ceux qui ont envie de faire de cette journée un moment de fête : amusez-vous bien !



 

Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Golade - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 10 août 2008

 

Un peu plus bas dans ma rue, il y a une librairie. On la voit à peine. On dit que seuls ceux qui la cherchent vraiment peuvent la trouver. C’est sûrement vrai, parce que ça fait 10 ans que j’habite à cette adresse et je ne l’avais jamais remarquée.

 

D’après la rumeur, la libraire qui la tient serait capable de deviner en quelques secondes quel livre correspond à chaque visiteur. « C’est vrai », a confirmé ma voisine, danseuse au Crazy Horse, avec un sourire épanoui. « C’est son ouvrage sur les petits rats de l’Opéra qui m’a fait comprendre que, huissier de justice, ce n’était plus fait pour moi. »

 

Moi aussi j’aimerais bien connaître ma destinée. Parce que j’ai bien pensé à « richissime vacancière sur son île ensoleillée » ou « artiste peintre ultra connue avec succès clé en main », mais étrangement, ça n’a jamais marché. Et pour être honnête, mes 2 heures 30 de trajet quotidien direction Paumé-Land pour répondre à des clients mécontents contre un salaire de misère, ce n’est pas précisément le genre de vie que j’avais imaginé dans mes rêves les plus fous.

 

Alors un jour, toute tremblante, j’y suis allée. J’ai poussé la porte de sa boutique comme d’autres pousseraient les battants de la salle du Jugement dernier. Elle m’attendait, là, derrière son comptoir. Elle m’a fixée quelques instants sans rien dire, s’est levée, a attrapé un livre sur les étagères et me l’a tendu.

 

Le titre s’affichait en gros caractères : « Tout savoir sur les hémorroïdes. » J’ai dégluti avec peine. « C’est parce que je suis faite pour me faire entuber à vie ? »

Elle a glissé une mèche folle derrière son oreille, a lissé sa jupe à fleurs et, avec un tendre sourire, m’a glissé d’une voix douce : « Que voulez-vous, les voies du Seigneur sont impénétrables. Elles. »

 

Aaaaaaaaaaaarg ! Je me réveille en sueur. 3 heures du matin. L’heure des angoisses nocturnes paraît-il. Parfois j’aimerais que mon inconscient ait un humour un peu moins scatologique. Que je puisse au moins faire des rêves aux répliques délicates et raffinées racontables en soirée.

 

Je reprends ma respiration. Oui, j’appréhende cette visite. J’appréhende de recevoir une réponse – ou pas – à l’éternelle question qui a hanté ma scolarité « Mais qu’est-ce que je vais faire plus tard ? » ; et qui s’est transformée au fil des ans en un non moins effrayant : « Mais qu’est-ce que je fais maintenant ? (et pendant les 40 prochaines années) ».

 

Je ressemble à ces chevaux de labour qui ont besoin d’œillères pour avancer tout droit et ne pas se laisser distraire de leur chemin. Faute de connaître la route à suivre, je galope dans tous les sens ou tourne en rond sur un champ en jachère.

 

J’ai toujours eu cette petite paresse de l’âme, cet oubli de soi, cet abandon dans l’amour et l’amitié où les priorités de l’autre deviennent si flagrantes et les miennes, si dérisoires.

 

Après tant d’années à jouer les abusées consentantes, amoureuse du confortable sentiment que procure l’union ; tant d’années entrecoupées de régulières rébellions pour retrouver mon chemin ; tant d’années où j’ai cherché dans l’amour et l’amitié ce que je n’osais accomplir par moi-même dans la vie ; tant d’années de gâchis à ne pas savoir où aller, à laisser cette énergie partir à vau-l’eau faute d’un exutoire dans laquelle la dépenser ; après tant d’années, je trouve enfin le chemin de ma mystérieuse libraire intuitive; celle qui me délivrera le sens de ma vie, mon chemin, ma raison d’être. Les clés pour devenir actrice de ma vie.

 

Plus émue que jamais, j’ouvre la porte de la boutique. Une petite clochette se met à carillonner. Elle a les yeux rieurs, ma libraire de la Destinée, et porte la même jupe à fleurs que dans mon rêve. Elle me fait signe d’avancer sans me quitter du regard.

 

Puis elle me tend un carnet. Sans titre. Je l’ouvre et découvre un épais cahier d’écolier avec des pages à grands carreaux et d’autres blanches comme la Lune.

Des pensées défilent à toute allure dans mon esprit. « Je dois retourner à l’école ? ». « Je n’ai pas d’avenir ?» « Mes parents ont oublié de m’inscrire au registre universel des destinées quand j’étais petite ? ». « Qu’est-ce qu’elle cherche à me dire : désolée, j’ai une panne. C’est la première fois que ça m’arrive, mais vraiment, toi, non, tu ne m’inspires pas » ?

 

Je relève la tête, incrédule, les larmes aux bords des yeux et les intestins prêts à prendre la fuite par la première sortie disponible.

 

Alors elle reprend le cahier pour y griffonner quelque chose. Elle me le rend avec, en prime, un incroyable stylo 30 couleurs. Je paye, je bafouille un vague merci à peine audible et je ressors. Je remonte la rue, un peu bancale sur mes deux jambes.

 

Et j’ouvre le cahier. Sur la page de garde, elle avait écrit : « A toi d’écrire ta vie. Personne ne le fera aussi bien que toi. Je crois en toi. »

 

Une fois rentrée à la maison, je me suis assise. Je ne savais trop que penser. Ca faisait si longtemps que j’attendais qu’on me montre le chemin et je me retrouve à la case départ.

Alors je suis restée là, plusieurs heures. J’ai fermé les yeux et j’ai attendu. J’ai fait le vide dans mon esprit et j’ai dit adieu à tous ces petits commentaires dont on avait parsemé mon chemin : « Mais qu’est-ce que tu crois ? », « Ce n’est pas fait pour toi », « Pfff, toi réussir un truc pareil ? », « On ne peut pas en vivre ». Je me suis dit que je n’avais pas grand-chose à perdre. Au pire, j’y gagnais un stylo 30 couleurs, du jamais vu dans les cours de récré. De quoi faire bisquer d’envie tous les écoliers de la Terre.

 

J’ai cliqué sur le bleu et j’ai dessiné une mer déchaînée. Je suis passée au rose et j’ai ajouté un grand soleil. J’ai tenté l’orange et j’ai écris des mots tendres. En vert, j’ai raconté ma journée. En gris, mes petits soucis. En violet, mes plus beaux secrets. J’ai essayé toutes les pages, toutes les couleurs. Jusqu’à ne plus réfléchir et recréer le monde à mes couleurs, au fil de mes envies. Le monde comme j’ai toujours souhaité le vivre. Depuis, mes journées prennent les couleurs de l’arc-en-ciel, de mes envies et bien plus encore.

 

Aujourd’hui, petit à petit, j’écris le livre de ma vie.

 

 

Merci à Aurore, aussi drôle que charmante, pour son idée de libraire intuitive

A Florence, qui sait créer des cahiers personnalisés à l’image de chacun, le « cahier de ta vie »

A Marie-Lore, la fée du bonheur, pour ses carnets magiques, sa clairvoyance et ses précieux conseils

Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Aux Eclats d'Etoile - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 9 août 2008

Avis à tous les gentils sorciers et les fées marraines en puissance  

 Pas de cocktail ni petits fours, mais le plaisir de vous annoncer la naissance de

Marie Poppins,

née le jour de la Saint Amour.

  Retrouvez-la sur http://marie-poppins.over-blog.com/ 

Si le coeur vous en dit, penchez-vous sur son berceau et laissez-lui les commentaires qui vous viennent.

  Telle Hulk en colère, elle se transforme parfois en

http://dark-vadette.over-blog.com 
 

pour rendre chèvre sa jeune maman.

Mais quel amour cet enfant !

 Au plaisir de vous lire,

La blogueuse masquée

 

 


Par Marie Poppins - Publié dans : Marie-Tournelle - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 9 août 2008


Dim, dam, dom. Avec sa petite frimousse de jeunette, ses strings qui dépassent et ses décolletés qui pigeonnent, on l’imaginerait volontiers défiler sur la célèbre musique des pubs de Dim. Spontanée, rieuse, généreuse, elle ondule avec autant de naturel dans les allées du Printemps que sur les dunes du Sahara. Accro aux soldes autant qu’à l’élévation spirituelle, elle laisse parfois deviner une petite faille dans le regard. Un brin d’innocence, un soupçon d’incertitude, un manque de confiance en soi qui ne font qu’ajouter à son charme. Mais ne le lui dîtes pas. Ou dans un grand éclat de rire, elle se replie en deux, cache ses mains, regarde ailleurs. Dominique G., une panthère noire mâtinée de caméléon qui arrive à s’escamoter en 2 temps 3 mouvements.

 

Certains rougissent au moindre compliment. Elle, se plie en 2, en 4, en 8… pour vous faire plaisir ou pour disparaître, au choix. Parlez-lui de ses tarifs, de ses cartes de visite, de la qualité de ses soins. Elle se fait si petite qu’on la glisserait dans un magnum de champagne. Un grand crû. Parce que cette fille, c’est du pétillement à l’état pur.

 

Un petit rien et elle pétille de nouveau, telle des bulles de champagne jaillissant de leur bouteille un soir de réveillon. Elle arrose le monde de ses éclats de rire, de sa bonne humeur, de sa vitalité. Une éternelle jeune femme qu’on imagine bien à 80 ans passés faire tourner les têtes des visiteurs de sa maison de retraite. Une jeune scoute sexy, toujours prête à rendre service, qui réussirait à masser le kiné venu lui rendre visite, parce que « le pauvre petit poussin innocent a l’air bien tendu, aujourd’hui. En plus une affreuse infirmière vénale lui court après et veut abuser de lui. Je le sais, il a l’air tout malheureux. Comment ça, mon tour de rein, ma sciatique, ma rate qui se dilate et mon foie qu’est pas droit ? Mais enfin, quelle importance ? Il a l’air tout retourné ce matin le pauvre minou. Il faut que je prenne soin de lui. ». Et puis il a une jolie p’tite gueule, le minot, ce qui ne gâche rien. Enfin moi je dis ça…

 
D
ominique, la gentille infirmière dévouée qui n’hésite pas à tenir le standard de SOS amitié pour ses copines de vacances ; à soutenir les grandes sœurs en mal de gérant ; à refourguer ses ex dans les bras de ses copines célibataires (pour la bonne cause, hein, faut pas croire…).

Mais qui s’occupera du fabuleux destin de cette Amélie Poulain d’Ivry s/ Seine ?

 

Dominique, deux qui la tiennent, trois qui lui expliquent… qu’elle a de l’or entre les mains. Que lorsqu’elle entre dans une pièce, ça sent bon l’esthétique, les huiles essentielles et le savoir-faire. Qu’on s’y voit déjà, dorloté, chouchouté, dans son futur complexe d’esthético-bien-être, les mouflets et les soucis au vestiaire. Qu’on en rêve de notre prochain rendez-vous chez « Dominique-Bien-Être-allô-j’écoute ? » : une heure trente pour se laisser masser, reïkiser, enlever les points noirs et les gros chagrins et ronronner de plaisir.

 

Mais avant tout ça, on voudrait bien qu’elle prenne soin d’elle. « Qu’elle donne tout son amour à la petite Dominique abandonnée tout au fond d’elle », conseille mademoiselle Kitty Hello*, adepte du tapis volant marocain. « Qu’elle se fasse pirate ou corsaire et parte à la conquête de ses trésors intérieurs », ajoute Jack Sparrow*, qui passait par là. « Pas besoin de se rendre indispensable pour se faire aimer. Les petits poussins innocents ne sont pas si fragiles qu’ils en ont l’air. Mieux : ils ont bien envie d’apprendre à se débrouiller par eux-mêmes plutôt que d’être couvé à vie. En revanche, seule la grande Dominique est capable de prendre soin de la petite Dom de 3, 5, 8, 16 ou 37 ans, qui se sent parfois si fragile et abandonnée à l’intérieur. Qu’elle la nourrisse au biberon de champagne sa petite, peuchère ! Question d’utilité publique. Plus la petite Dominique se fera chouchouter par la grande, meilleur sera le champagne pour les autres », conclut madame Charité-Bien-Ordonnée-Commence-Par-Soi-Même*. 

 

Pérignon. Appelez-la Dom Pérignon. Parce que cette fille, c’est une fontaine, que dis-je, une cascade de petites bulles pétillantes à souhait prêtes à faire tourbillonner le monde et à lui donner un air de fête. Qu’elle soit la première à s’en abreuver jusqu’à plus soif de ses précieuses petites bulles d’amour. Ensuite, promis, le champagne coulera à flot pour une merveilleuse fête où l’amitié sera reine. Enfin moi je dis ça…et je ne dis pas que des sottises, pour une fois. 

 

*Les noms ont été modifiés.

 

 

Par Marie-Poppins - Publié dans : Marie-Aime ses amis
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Jeudi 7 août 2008

On rencontre parfois des caricatures humaines. Des gens qui cumulent les stéréotypes au point qu’on se demande s’ils ne le font pas exprès : c’est peut-être un one-man show, ils se dévouent pour nous faire rire. Parce que ce n’est pas humainement concevable de cultiver, sans sourciller, tous les poncifs les plus risibles. Le beauf dont on se moque dans les films, j’avais toujours cru que c’était un cas d’espèce, inventé pour les besoins du scénario.

 

Jusqu’à ce que je rencontre Nick Le Slibard, le bien nommé. Nick Le Slibard est arrivé il y a quelques semaines dans la boîte. Il est négociateur. « Et je me fais grave de la maille. Ca aide pour lever les minettes », explique-t-il avec un clin d’œil appréciateur et un petit coup de langue rapide sur les lèvres. « Au fait, Mika, tu ramènes des bonasses à la prochaine soirée ? ». Vous l’aurez compris, Nick Le Slibard appartient à l’espèce du frimeur, le genre toujours prêt, toujours en chasse. Le baiseur fou dans toute sa splendeur. Mais pas seulement. Parce qu’avec son auréole de cheveux blonds et son allure de jeune con arriviste, Nick Le Slibard arbore parfois un air de candeur proche de la naïveté qui donnerait presque envie de lui essuyer le lait qui coule encore de son nez.

 

Surtout depuis qu’il porte le petit pull rose bonbon, ridiculement court que lui a offert sa nouvelle copine. Son arrivée suscite d’ailleurs les gloussements de la plupart des tablées à la cantine. Un sourire béat aux lèvres, il commente : « Il est so fresh. J’le kiffe. C’est ma copine qui m’habille maintenant. Elle m’a dit, vas-y minou, c’est tout toi, ça te donne un air métrosexuel. » Pas folle la donzelle. Si elle veut le garder plus de 2 semaines, effectivement, mieux vaut le faire ressembler à un porcinet déguisé en chérubin.

 

Mais c’est dans l’un de ses nombreux récits autobiographiques et débordants d’auto-satisfaction que Nick Le Slibard donne toute sa mesure et, par là-même, une des légendes qui hantera longtemps les couloirs de la société. Cette fabuleuse épopée digne d’un roman d’apprentissage et dont notre cher Nick Le Slibard ne se lasse pas de narrer les moult rebondissements, est une véritable gloire de jeunesse.

 

« Ouais, m’dame. A 18 ans, je me suis inscrit au concours de Mister Plessouillis-les-Oisillons. On était 3. On nous a fait défiler sur la scène de la salle des fêtes communale. Je portais un petit slip rouge. Attention, un moule-burnes, mais joli, hein, ça mettait bien en valeur », ajoute-t-il avec cet air de contentement dont il a fait sa marque de fabrique. « Il y avait un monde fou. Les filles dans le public étaient dingues. Tout le monde applaudissait. Et qui est-ce qui a gagné ? C'est bibi ! »

 

Aux tables alentours, les gens se retournent discrètement et esquissent un petit sourire incrédule.  

« Et après tu as défilé dans les rues, comme les miss de madame de Fontenay ? Les filles te couraient après ? » demande Pétunia, la fille la plus cynique de la boîte, en partant d’un gros rire.

« Ben ouais, je portais mon écharpe. Pendant 1 an, il y a même eu des affiches de moi en tenue de scène partout dans la ville. »

 

Les rires se déclenchent un peu partout maintenant. Tout le monde y va de sa question, plus ou moins moqueuse, histoire de voir s'il est sérieux, ou s'il se moque de lui même. Et lui rayonne, les yeux plein d’étoiles, flatté de tant d'intérêt, sans rien comprendre de ce qui se passe. Il revit par la pensée ce qui a peut-être été un moment fondateur dans sa vie et sombre dans le pathétique pour le plus grand plaisir de tous.

 

C’est au moment où il parle de sa « mémé Gilberte qui est devenue toute folle » et qui lui a sauté dans les bras que je commence à me sentir un peu mal à l’aise. Je m’en veux parce que sa petite gloire d’un jour, d’un an, d’une vie a dû emplir sa « mémé Gilberte » de fierté et qu’il devait avoir le cœur serré d’émotion le jour où il lui a annoncé.

Je m’en veux parce que pour moi ce type n’est qu’un sujet de moquerie alors que je passe peut-être complètement à côté d’un être humain.

Je m’en veux parce que tout le monde rigole ouvertement de lui et pas avec lui. Moi la première. Je m’en veux parce qu’on aura à jamais gravée à l’esprit l’image d’un Nick à moitié nu dans son petit slip rouge, tel un Patrick Chirac de Camping. Je m’en veux parce que je sais que cette image ne me quittera plus, même les jours - surtout les jours - où il fera ses présentations Powerpoint, en réunion et costume 3 pièces, aux côtés du P.-D.G.

 

J’en suis là de mes questionnements existentiels et de mon petit pincement de culpabilité lorsqu’il me lance :

 

« Au fait Popsie, c’est vrai que tu as gagné le premier prix d’un concours de broderie ? Ne le prends pas mal, mais bon, c’est un passe-temps de vioques. C’est pour les pauvres filles, ça. Sors un peu, tu finiras par te trouver un mec. C’est ça qu’il te faut. Wouarf, Wouarf, Wouarf », fait-il en hennissant de rire avec un de ses frimeurs de copain.

 

Wouarf, wouarf, wouarf. Trop drôle. Si seulement je n’étais pas si polie et si sottement conventionnelle, je crois que je l’étranglerais avec son moule-burnes rouge.

Bon sang, j’ai quand même gagné le premier prix du concours de broderie du canton. Je l’ai remporté à 1 dixième de point contre mademoiselle Duflot, la doyenne de la paroisse et la championne incontestée du tournoi depuis 27 ans ! J’ai même eu un article dans le journal municipal. C'était exceptionnel ! Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Ca au moins c’est du travail. Un vrai accomplissement. N’empêche, je me demande qui a bien pu lui répéter. Je ne l’ai pas raconté à tant de monde. Juste à table, à la cantine, enfin, normal quoi…tout le monde avait l’air super intéressé en plus. Pauvre slibard de m…. oui !

 

Moralité : on est toujours le pauvre naze de quelqu’un.

Moralité de la moralité : mieux vaut réfléchir à 2 fois (au moins) avant de raconter sa vie à n’importe qui.


Par Marie-Poppins - Publié dans : Marie-Fifi au bureau - Communauté : Les gardiens du Volcan
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Marie Poppins

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